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DECOUVERTE ! La nouvelle vague contre le reflux
Pour les 10 % de la population qui souffrent de reflux gastro-oesophagien, une équipe belge finalise une nouvelle technique prometteuse : elle permet de reconstituer efficacement une barrière anti-reflux en passant « simplement » par une voie naturelle, la bouche.
Depuis 10 ans, Monsieur X. souffrait de régurgitations acides qui lui brûlaient la paroi de l'œsophage. Jusqu'il y a peu, rien ne parvenait à le soulager. Puis Monsieur X. a participé à une étude clinique et à une première mondiale : son reflux gastro-oesophagien et sa hernie hiatale ont été opérés sans qu'il en garde la moindre trace, grâce à une nouvelle technique, permise grâce à un instrument appelé Esophyx. L'intervention s'est déroulée via une voie naturelle, en passant par la bouche.
En théorie, les reflux acides (provenant des sécrétions de l'estomac) sont empêchés de remonter vers l'œsophage, et d'y causer des dégâts, grâce à une pression intra-abdominale sur le bas de l'œsophage et, surtout, grâce à une valve. C'est ce qu'on appelle la barrière anti-reflux. En fait, elle n'est parfaitement étanche chez personne. Mais les régurgitations acides, d'intensité diverse (elles augmentent en cas de stress) pourrissent réellement la santé et la qualité de vie de 10 % de la population. Elles peuvent avoir des répercussions pulmonaires, ORL et aller jusqu'à provoquer l'apparition de cellules précancéreuses dans l'œsophage.
Dans le meilleur des cas, une modification de quelques règles de vie suffit à régler le problème (ne pas dormir directement après un repas, surtout s'il a été copieux, proscrire la nourriture épicée et… le chocolat !). A défaut, des médicaments, chers mais efficaces (les inhibiteurs de la pompe à protons) soulagent une majorité de malades. Si rien n'y fait, il ne reste plus qu'à envisager une intervention destinée à restituer une barrière anti-reflux, avec la reconstruction d'une valve et le traitement de la hernie hiatale, souvent associée à cette affection.
En 1991, les Drs Bernard Dallemagne et Guy-Bernard Cadière ont révolutionné cette opération. Ils sont parvenus à remplacer la chirurgie classique, avec sa grande incision et ses jours d'hospitalisation, par une technique laparoscopique : 5 orifices de 5 millimètres seulement suffisent à passer tous les instruments dans l'abdomen et à opérer. Cette « fundoplicature selon Nissen », devenue courante, est efficace dans 90 % des cas. Elle entraîne cependant des effets secondaires pour 30 % des opérés, qui gardent une sensation de ballonnement, de la diarrhée et/ou des difficultés à avale
Plusieurs équipes ont tenté d'améliorer encore cette intervention. Leur objectif ? Traiter le reflux gastro-oesopha-gien en profitant d'un accès naturel : la bouche. Trois types de techniques ont déjà été expérimentées. Toutes ont montré des limites et/ou des effets secondaires gênants.
L'Esophyx, dispositif imaginé par Stephan Kraemer, à Seattle (Etats-Unis) et développé par le Pr. Guy-Bernard Cadière, chef du service de chirurgie gastrique à l'hôpital Saint-Pierre (Bruxelles) pourrait changer la donne.
En utilisant cette technique, entre juin et octobre 2005, avec le Dr. Amin Rajan, gastro-entérologue, ils ont pu « opérer », à la clinique du Parc Léopold (Bruxelles), 17 patients parmi les 19 volontaires. « Nous insufflons d'abord de l'air dans l'estomac, explique le Pr. Cadière. La procédure, sous anesthésie générale commence par l'introduction, par la bouche, de l'Esophyx dans l'estomac. L'endoscope qui nous permet de voir les organes, est glissé à l'intérieur du système. Puis, une aspiration fixe l'œsophage à l' Esophyx. Cet organe peut ainsi être poussé en dessous du diaphragme et s'engager dans l'estomac. La paroi de ce dernier est alors pliée et rétractée, grâce à une hélice. L'extrémité articulée de l'Esophyx est utilisée comme une pince pour maintenir le pli dans l'estomac. L'ensemble crée une valve, qui,sera alors agrafée ». Après un jour de contrôle postopératoire, les patients quittent l'hôpital.
Cette nouvelle technique devrait offrir une option supplé-mentaire au sein de l'arsenal thérapeutique actuel.
De six à neuf mois après la fin de l'étude clinique, les résultats étaient parlants : 90 % des patients ont estimé que leur qualité de vie s'était améliorée, avec des symptômes nettement réduits ou inexistants, 80 % ont retrouvé un taux d'acidité normal dans l'œsophage et 3 d'entre eux seulement ont dû reprendre des médicaments, mais à des doses réduites par rapport aux taux nécessaires précédemment.
« Ce système, dont la sécurité a été démontrée, peut encore être techniquement amélioré, estime le Pr. Cadière. L'intervention ne prendrait alors qu'une vingtaine de minutes et elle ne nécessiterait qu'une légère déconnection du malade, lui évitant une anesthésie plus profonde .
Une étude multicentrique, incluant 4 équipes belges, a débuté afin de continuer à évaluer la prometteuse. L'Esophyx n'est pas destiné à remplacer définitivement l'intervention sous laparoscopie, précise le chirurgien. Mais il offrira une option supplémentaire au sein de l'arsenal thérapeutique. » M.X., 37 ans, « opéré » sans aucune trace et avec succès il y a quelques mois, ne dira pas le contraire.
Pascale Gruber
(Le Vif/L'Express juin 2006)
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