Accueil Présentation La Sclérodermie Agenda Utile Administration
Vie de l'APSB
Mot de la présidente
PREMIER CONGRES MONDIAL SCLERODERMIE
EVENEMENTS PASSES MAIS RECENTS
JOURNEE EUROPEENNE DE LA SCLERODERMIE
JOURNEE EUROPEENNE DE LA SCLERODERMIE 2010
Documents
Quoi de neuf
Articles
La recherche
Vos questions / Nos réponses
Articles
La crise rénale
Suppression immunitaire
Problèmes pulmonaires
Problèmes cardiovasculaires
Le reflux gastrique
Au quotidien
Aides techniques
La main
Prise en charge
Immunité
Atteinte pulmonaire
Transplantation
Recherche clinique
Une pathologie lourde ?
Grossesse
Le phénomène de Raynaud

Dernière mise à jour du site
le dimanche 22 août 2010

Prise en charge

Prise en charge thérapeutique globale de la sclérose systémique


Professeur Frédéric A. Houssiau

Service de Rhumatologie, Département de Médecine Interne, Cliniques universitaires Saint-Luc Université catholique de Louvain



Le traitement de la sclérose systémique est difficile pour plusieurs raisons. D'abord, parce que la cause de la maladie étant inconnue, aucun traitement étiologique ne peut être proposé. La rareté de la pathologie complique les essais cliniques contrôlés. La sévérité de la maladie est extrêmement variable et divers organes peuvent être atteints. Nous ne disposons pas de marqueurs biologiques reflétant aisément l'activité de la maladie. Enfin, un suivi prolongé est indispensable avant de pouvoir tirer des conclusions à propos de l'efficacité d'une nouvelle médication.

Les performances médicales en ce qui concerne le traitement de la sclérose systémique ne sont pas toujours optimales, notamment en raison du (très) petit nombre de patients suivis par médecin, en dehors de quelques centres spécialisés. Il en résulte parfois des évaluations trop peu rigoureuses et des traitements sous-optimaux. A ces difficultés potentielles, peut s'ajouter le découragement du patient sclérodermique qui espace trop les contrôles médicaux, qui prend son traitement parfois irrégulièrement, voire qui recourt aux médecines alternatives.

Le suivi optimal de la sclérose systémique comporte un interrogatoire général dirigé, un examen clinique complet, avec une attention particulière aux chiffres tensionnels, un examen cutané avec établissement du score de Rodnan, des examens sanguins et urinaires répétés, des questionnaires fonctionnels sur la qualité de la vie, une radiographie du thorax, un électrocardiogramme, des épreuves fonctionnelles respiratoires et un échocardiogramme, sans compter les tests spécifiques en fonction des organes atteints.

Puisque la sclérose systémique comporte un volet autoimmunitaire, d'aucuns ont proposé de faire redémarrer le système immunitaire du patient suivant une technique appelée " transplantation de cellules souches hématopoïétiques autologues ". Il s'agit d'abord de récolter des cellules souches hématopoïétiques (porteurs du marqueur CD34) qui sont capables de reconstituer l'ensemble des éléments figurés du sang. Ces cellules du patient (autologues) sont congelées. Ensuite, une chimiothérapie intensive est administrée pour détruire le système immunitaire. Enfin, les cellules CD34 congelées sont réinfusées au patient, en espérant qu'elles reconstitueront un système immunitaire qui ne commettra plus l'erreur qui a provoqué la maladie. A ce jour, une centaine de patients atteints de sclérose systémique ont bénéficié d'une transplantation de cellules souches autologues. Les résultats d'une série de 57 patients européens viennent d'être publiés (Farge et al., Ann Rheum Dis 2004 ; 63 : 974). Les résultats sur le score cutané sont intéressants mais, malheureusement, le pourcentage de décès imputable à la procédure (environ 10 %) justifie les réserves de certains cliniciens, certainement quant à l'utilisation systématique de cette procédure. Il convient de la réserver à des formes de sclérose systémique particulièrement sévère. Un essai clinique européen est en cours, comparant la transplantation des cellules souches autologues à un traitement plus classique par cyclophosphamide (Endoxan) administré sous forme de baxter une fois par mois pendant un an.

Plusieurs traitements immunosuppresseurs ont été essayés dont le méthotrexate (Ledertrexate) et, plus récemment, le mycophénolate mofetil (Cellcept).

Le traitement antifibrotique reste aujourd'hui difficile. La D-pénicillamine, pourtant utilisée jadis assez fréquemment dans l'affection, est probablement peu utile, sans compter les effets secondaires potentiels de la médication.

Une approche particulièrement intéressante consiste à bloquer l'endothéline, une hormone produite par les cellules endothéliales qui exerce des effets vasoconstricteurs (spasme des vaisseaux sanguins) et profibrotiques (dépôt de collagène). Ces médicaments, dont le bosentan est actuellement le chef de file, pourraient s'avérer intéressants dans les phénomènes de Raynaud compliqués de gangrène digitale et peut-être dans le traitement de l'atteinte pulmonaire (alvéolite et fibrose).

Le meilleur traitement du phénomène de Raynaud associé à la sclérose systémique consiste à vivre dans une température ambiante chaude et à se protéger du froid. Il faut éviter le stress et certains b-bloquants. L'arrêt du tabac est impératif. Les inhibiteurs calciques sont efficaces, du moins dans une certaine mesure, mais leurs effets secondaires (œdèmes, céphalées, palpitations) peuvent limiter leur emploi, d'autant plus que des doses élevées sont souvent nécessaires.

La prise en charge des ulcères digitaux requiert souvent une hospitalisation, des perfusions intraveineuses, des traitements locaux visant à obtenir une gangrène sèche et l'administration de prostacyclines par voie intraveineuse. Une sympathectomie cervicale ou, plus fréquemment actuellement, digitale, ulnaire ou cubitale peut être utile. Nous avons déjà mentionné l'intérêt potentiel des inhibiteurs de l'endothéline dans cette indication.

Le traitement de l'hypertension artérielle pulmonaire mérite un paragraphe particulier. Elle complique essentiellement les formes limitées de sclérose systémique et constitue une complication tardive et potentiellement très sévère de cette pathologie. Les symptômes peuvent être insidieux (essoufflement, douleur thoracique, rarement syncope). Il faut dépister précocément l'hypertension artérielle pulmonaire par un échocardiogramme régulier, éventuellement par un microcathétérisme du cœur droit. L'approche thérapeutique classique consiste à prescrire une réduction des efforts physiques, des anticoagulants et, chez de rares patients, des inhibiteurs calciques. Une approche plus moderne consiste à utiliser des prostacyclines par voie intraveineuse, sous-cutanée ou en aérosols. Les inhibiteurs de l'endothéline s'avèrent efficaces dans cette indication et devraient être admis au remboursement.

Enfin, il est important d'insister sur l'intérêt de la kinésithérapie, sur l'importance de la prévention des effets secondaires des médicaments, notamment la lutte préventive contre l'ostéoporose, la vaccination contre la grippe et contre le pneumocoque. L'information au patient est capitale, de même que le support psychologique, comme dans beaucoup d'autres pathologies chroniques.

Même si la cause de la sclérose systémique reste aujourd'hui inconnue, de nombreux espoirs voient le jour, notamment grâce aux progrès de la recherche fondamentale.

Ce site a été financé grâce au soutien de Belgacom et de Jdweb asbl