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Dernière mise à jour du site
le dimanche 22 août 2010

Immunité

Immunité et auto-immunité



Professeur E.G. LEBACQ  

Université Catholique de Louvain.



Nous sommes entourés d’un nombre invraisemblable d’agents infectieux contre lesquels nous avons heureusement développé un système de défense très complexe et très efficace qui constitue notre immunité. Nous possédons dès notre naissance des moyens de défense qui sont donc naturels et innés et s’attaquent à tous les microbes quels qu’ils soient dès qu’ils se présentent. Par ailleurs, si un microbe a pu pénétrer dans notre organisme, nous fabriquons des anticorps spécifiquement dirigés contre lui, qui ne commencent à être actifs que progressivement après quelques jours et représentent donc une immunité acquise.



Immunité naturelle innée.


Une série de mécanismes naturels se chargent de détruire les microbes dès qu’ils nous agressent. Diverses cellules sont chargées de cette défense.

Certaines d’entre elles ingurgitent les microbes et sont équipées d’un attirail d’enzymes qui les tuent et les digèrent ; c’est la fonction de phagocytose qui est la propriété des cellules macrophages et des polynucléaires neutrophiles. Elles sont aidées par une série de protéines qui circulent normalement dans le sang, en particulier celles qui forment le système du complément, qui sont activées au contact des microbes et les détruisent. D’autres protéines toujours présentes dans le sang sont mobilisées et synthétisées en grande quantité, les protéines de phase aiguë, qui créent autour de l’agresseur un milieu spécialement hostile, la réaction inflammatoire.


Les virus ne se multiplient pas en dehors des cellules ; ils doivent pénétrer à l’intérieur de nos cellules pour survivre et ce sont ces cellules infectées qui propagent la maladie virale. Nous possédons des cellules spéciales les cellules tueuses naturelles qui détruisent nos propres tissus infectés par le virus avant qu’ils aient eu le temps de propager la maladie.


Immunité acquise.


Les microbes possèdent d’ingénieux mécanismes qui leur permettent d’échapper rapidement à nos défenses innées grâce à des mutations de leur structure. Nous devons donc fabriquer certaines armes qui s’adaptent exactement aux agresseurs. Les cellules responsables de cette fonction sont les lymphocytes.


  1. Les anticorps.

    Toutes les molécules variées qui constituent le microbe sont appelées des antigènes. Nos lymphocytes fabriquent des anticorps qui s’adaptent à chacune de ces molécules. Nous sommes capables de fabriquer un très grand nombre d’anticorps, ce qui prend plusieurs jours. Les lymphocytes qui ont fabriqué ces anticorps en conservent la mémoire et si, plus tard, nous sommes exposés au même microbe, ils interviennent instantanément et se remettent à produire les anticorps spécifiques. Une première attaque microbienne nous immunise donc contre une seconde, c’est d’ailleurs le principe de la vaccination.

  2. Mécanismes cellulaires.

    Certains microbes, en particulier les virus, parviennent à pénétrer à l’intérieur des macrophages du malade, neutralisant la phagocytose et échappent aux anticorps qui circulent dans le sang mais ne pénètrent pas dans les cellules.

    Une variété de lymphocytes s’est adaptée à cette situation et fabrique d’autres facteurs solubles qui activent les macrophages et les remettent en mesure de tuer les virus.

Anomalies de notre système immunitaire.


  1. L’un ou l’autre de tous ces mécanismes immunitaires peut être défectueux, avec impossibilité pour le malade de se débarrasser d’un microbe : c’est l’immunodéficience congénitale ou acquise. La phagocytose peut être insuffisante, les protéines du complément peuvent être absentes, la fabrication d’anticorps peut être défectueuse.

  2. Nos réponses immunes peuvent être exagérées, détruisant les agresseurs étrangers mais provoquant également des lésions à nos propres tissus. Ce sont les réactions d’hypersensibilité, parmi lesquelles les réactions allergiques.

  3. Un problème important pour les cellules responsables de notre immunité est de reconnaître ce qui est propre à notre organisme et ce qui est étranger, ce qui est self et non-self. Normalement, nous nous défendons contre les envahisseurs étrangers mais nous respectons nos propres tissus, nous possédons une tolérance immunitaire vis-à-vis de nous-mêmes. Des maladies nombreuses existent ou nos lymphocytes s’attaquent à nos propres tissus, ne reconnaissent plus ce qui est self et fabriquent des anticorps contre nous-mêmes, les autoanticorps donnant naissance aux maladies auto-immunes.


Les maladies auto-immunes.


Ces maladies sont très nombreuses et on en distingue deux variétés : celles qui sont spécifiques d’un organe et celles qui sont généralisées appelées systémiques.

  1. Parmi les maladies spécifiques d’organe, on trouve par exemple les insuffisances thyroïdiennes auto-immunes (maladie d’Hashi-moto) dans lesquelles les lymphocytes envahissent la thyroÏde et en détruisent progressivement les cellules. De plus, ils fabriquent des auto-anticorps dirigés contre la thyroïde. D’autres maladies similaires s’attaquent à la muqueuse de l’estomac, aux cellules pancréatiques qui fabriquent l’insuline, au foie, aux globules rouges, aux plaquettes sanguines, aux muscles, etc ...

  2. Les maladies systémiques donnent des lésions diffuses, surtout du tissu conjonctif, entrant dans le cadre des maladies rhumatismales inflammatoires. La peau est généralement atteinte, les articulations, les vaisseaux sanguins, les reins, les poumons etc ... Des autoanticorps apparaissent qui sont dirigés contre de nombreux constituants des cellules, par exemple les anticorps antinucléaires, dirigés contre des composants des noyaux cellulaires. C’est dans ce groupe de maladies que se rangent la sclérodermie, ainsi que le lupus érythémateux disséminé, la dermatomyosite, la polyarthrite chronique évolutive.

Ces diverses maladies s’associent souvent entre elles réalisant le tableau d’une maladie mixte auto-immune.


Origine de l’auto-immunisation.


  1. La génétique joue un rôle capital. Dans les familles de malades porteurs d’une de ces maladies, on trouve souvent des proches parents souffrant d’une maladie similaire et très fréquemment plusieurs membres de la famille portent dans le sang des autoanticorps sans être malades. Certains d’entre eux deviendront malades plus tard.

  2. Les hormones y interviennent, les femmes étant beaucoup plus fréquemment atteintes que les hommes (9 fois plus souvent pour le lupus érythémateux, 4 fois pour la sclérodermie) .

  3. L’environnement joue un rôle important. Par exemple, dans les cas de jumeaux identiques, si l’un d’entre eux fait un diabète autoimmun, l’autre ne deviendra diabétique que dans 50 % des cas.

    Il y a donc certains facteurs extérieurs qui favorisent l’éclosion de la maladie chez un individu prédisposé, par exemple l’exposition à certains microbes, ou divers toxiques ou des agents physiques tels que les rayons ultraviolets, qui altèrent nos tissus en les rendant étrangers à nos lymphocytes.

  4. De nombreuses anomalies de nos mécanismes immunitaires ont été décrites qui peuvent engendrer une auto-immunisation. Par exemple, certaines populations de nos lymphocytes, normalement réprimées, peuvent avoir le champ libre et agresser nos tissus normaux.

    La liste de ces anomalies est très longue prouvant par là l’incertitude qui persiste quant à leur importance relative. Les autoanticorps qui en résultent se rencontrent plus souvent chez le sujet âgé. Ils ont une affinité faible pour nos propres cellules et sont généralement peu agressifs. On les rencontre en cas de lésion traumatique ou de nécrose d’un de nos organes, par exemple un infarctus. Mais parfois, ils donnent naissance à une véritable maladie.


Conclusion.


Nous possédons un nombre et une variété considérable d’armes capables de reconnaître tous les microbes et de les tuer, constituant notre système immunitaire. Mais certaines cellules responsables de notre immunité ne sont pas susceptibles d’identifier convenablement ce qui est un agresseur étranger et nos propres constituants. Cette situation se rencontre plus souvent au cours du vieillissement. En général, des auto-anticorps se rencontrent assez fréquemment chez les gens âgés, mais ils sont inoffensifs et ne s’accompagnent pas d’une maladie définie. Pour des motifs mal connus, une véritable maladie auto-immune peut s’installer. Cette maladie peut intéresser un seul organe, mais parfois elle est généralisée, la sclérodermie en est un exemple caractéristique.

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