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Dernière mise à jour du site
le dimanche 22 août 2010

Atteinte pulmonaire

L’ATTEINTE PULMONAIRE DE LA SCLEROSE SYSTEMIQUE



Bernard R. LAUWERYS et Frédéric A. HOUSSIAU.

Cliniques Universitaires Saint-Luc
Université catholique de Louvain
1200-Bruxelles.



L’atteinte pulmonaire est, en fréquence, la seconde complication viscérale de la sclérose systémique, après l’atteinte oesophagienne. Sa gravité potentielle en fait une manifestation sévère qui doit être systématiquement et régulièrement dépistée, même chez des patients asymptomatiques, dans le but de mettre en route, le cas échéant, un traitement adéquat dans les meilleurs délais.

On distingue classiquement deux complications pulmonaires : i) la « fibrose pulmonaire », qui est la conséquence directe d’une inflammation des alvéoles (appelée « alvéolite ») ; et l’ »hypertension artérielle pulmonaire » qui peut être soit la conséquence d’une fibrose, soit apparaître indépendamment par atteinte directe des parois des artérioles pulmonaires dont la lumière se rétrécit, augmentant par-là la résistance et donc la pression dans les artères pulmonaires et provoquant, dans les cas sévères, une défaillance cardiaque. Dans les deux situations, la fibrose et l’hypertension artérielle pulmonaire, le commun dénominateur est une perturbation des échanges gazeux, c’est-à-dire une hypoxémie (un manque d’oxygène dans le sang).

La fibrose pulmonaire apparaît préférentiellement dans les scléroses systémiques diffuses, parfois assez rapidement dans l’évolution de la maladie, tandis que l’hypertension artérielle pulmonaire est plutôt, mais pas exclusivement, l’apanage de certains cas de sclérose systémique limitée.

La symptomatologie clinique initiale de l’atteinte pulmonaire consiste essentiellement en une dyspnée (essoufflement) à l’effort d’apparition lentement progressive, souvent accompagnée d’une toux chronique irritative qui ne répond pas bien aux antitussifs mineurs. L’auscultation pulmonaire met alors en évidence des « crépitations », c’est-à-dire des petits bruits secs en fin d’inspiration, qui signent la présence d’un épaississement fibreux du parenchyme pulmonaire, particulièrement au niveau des bases.

Aujourd’hui, une meilleure connaissance de la maladie permet de dépister l’atteinte pulmonaire plus précocement, idéalement, avant le début des plaintes grâce à deux tests essentiels : les épreuves fonctionnelles respiratoires et le scanner pulmonaire. Les tests respiratoires sont simples à réaliser et à répéter. Il s’agit de respirer dans un spiromètre qui mesure les volumes inspirés et expirés. En cas d’atteinte pulmonaire, les volumes sont diminués (« syndrome restrictif »). Le scanner doit être réalisé selon une technique particulière (« coupes fines de haute résolution ») qui permet de bien étudier les détails de l’architecture pulmonaire et de détecter les épaississements fibreux des structures anatomiques.

Si l’un ou l’autre de ces tests est anormal, un lavage bronchio-alvéolaire sera réalisé. La technique consiste à laver un segment du poumon à l’aide d’un petit tuyau positionné dans une bronche via un fibroscope introduit dans l’arbre respiratoire par les fosses nasales ou la cavité buccale. Le liquide de rinçage est réaspiré et son contenu cellulaire analysé au microscope. En cas d’atteinte inflammatoire, on retrouve une quantité anormale de lymphocytes ou de granulocytes neutrophiles ou éosinophiles (globules blancs). Plus exceptionnellement, la confirmation d’une atteinte inflammatoire active viendra d’une biopsie pulmonaire, réalisée par pleurocoscopie (petite ouverture entre les côtes pour permettre le passage d’un endoscope dans l’espace pleural).

La radiographie du thorax, quoique essentielle dans la mise au point, n’est malheureusement pas suffisamment sensible pour servir de test de dépistage de l’atteinte pulmonaire. Elle est fréquemment anormale (aspect en « rayon de miel ») dans les fibroses pulmonaires avérées mais l’absence d’anomalies ne préjuge pas de l’absence d’une fibrose débutante.

Le traitement de la fibrose pulmonaire (ou plus précisément de l’alvéolite) fait appel à la cortisone, prescrite à doses modérément élevées, et à d’autres immunodépresseurs, essentiellement la cyclophosphamide, généralement prescrite par la voie intraveineuse. L’oxygénothérapie peut être utile dans les cas sévères et, à l’extrême, il est exceptionnellement proposé de recourir à la greffe pulmonaire.

Le traitement de l’hypertension artérielle pulmonaire est difficile car aucune médication n’a vraiment fait la preuve de son efficacité, probablement car, à l’inverse de l’hypertension artérielle classique, des modifications anatomiques irréversibles (ou peu réversibles) empêchent une dilatation suffisante du lit artériel pulmonaire. Il est classique de recourir à des anticalciques, des anticoagulants et des prostacyclines.

Faut-il dire que l’arrêt du tabac est impératif, pour tous les patients sclérodermiques en général et dans les cas d’atteinte pulmonaire en particulier...



En conclusion, l’atteinte pulmonaire de la sclérose systémique est potentiellement grave. Heureusement, à côté des formes sévères, il existe aussi des formes peu évolutives, dont la progression clinique et radiologique se chiffre en dizaines d’années.

Un dépistage plus précoce devrait permettre de diminuer la sévérité de cette complication.

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