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Dernière mise à jour du site
le dimanche 22 août 2010

Transplantation


La transplantation de cellules souches autologues comme traitement de la sclérose systémique diffuse : dièses et bémols



Par le Professeur Frédéric HOUSSIAU,

service de Rhumatologie
Cliniques Universitaires Saint-Luc – Université Catholique de Louvain.



La transplantation (ou greffe) de cellules souches autologues (Autologus Stem Cell Transplantation ; ASCT ) consiste à reconstituer le système immunitaire d’un patient, après l’avoir détruit par une chimiothérapie intensive. La reconstitution s’effectue par l’injection de ses propres cellules prélevées avant la chimiothérapie. Il s’agit donc d’une greffe autologue. Les cellules souches, présentes dans la moëlle osseuse, sont capables de donner naissance à toutes les cellules sanguines, à savoir les globules rouges, les globules blancs ( notamment les lymphocytes ) et les plaquettes. Le but visé par le traitement est d’éliminer les lymphocytes et d’autres cellules du système immunitaire qui jouent un rôle défavorable dans l’éclosion et/ou la perpétuation de la maladie autoimmune du patient, en espérant que les « dérapages » du système immunitaire ne se reproduiront plus lors de son redéploiement à partir des cellules souches.



A ce jour, environ 200 patients atteints de diverses maladies autoimmunes ont été transplantés, les deux groupes les plus représentés étant la sclérose en plaques et la sclérose systémique. Ce biais de sélection n’est pas étonnant puisqu’il n’existe malheureusement pas de traitement curatif de ces deux affections dont l’évolution – dans certains cas – peut être très sévère.



Les résultats de l’expérience européenne portant sur 41 patients atteints de sclérose systémique, viennent d’être publiés ( Binks et al. Annals of the Rheumatic Diseases 2001 ; 60 : 577 – 584 ). Il s’agit d’une étude non-contrôlée, c’est-à-dire réalisée sans comparaison à un autre traitement. Les patients sélectionnés pour cette thérapeutique souffraient tous d’une sclérose systémique inhabituellement sévère et réfractaire aux traitements conventionnels.



Les mauvaises nouvelles concernent la mortalité très élevée, en grande partie liée à la procédure elle-même. Dix-sept pour cent des patients sont décédés d’un effet secondaire de nature infectieuse ou hémorragique lié au traitement. La période entre la destruction du système immunitaire par la chimiothérapie et sa reconstitution par les cellules souches autologues transplantées est évidemment particulièrement délicate car les défenses du patient sont très affectées par la chute du taux sanguin des neutrophiles (les globules blancs spécialisés dans la lutte contre les bactéries). Le patient séjourne d’ailleurs en chambre stérile pendant cette période pour limiter les risques infectieux. De même, la chute des plaquettes – les cellules sanguines indispensables à la coagulation du sang – est toujours importante et parfois prolongée, ce qui explique les complications hémorragiques.



L’autre bémol important concerne l’absence d’effet franc sur l’évolution des complications viscérales, en particulier sur la fonction pulmonaire.



Du côté des meilleures nouvelles, on notera un effet nettement favorable sur le score cutané chez une majorité de patients, suggérant par là que ce traitement pourrait infléchir l’évolution de la maladie.



La greffe de cellules souches autologues soulève donc encore bien des questions qui restent aujourd’hui sans réponses. La difficulté principale réside dans une sélection optimale des patients. Pour ce faire, nous devrions mieux connaître les facteurs prédictifs d’une évolution péjorative. Par ailleurs, les résultats devraient être comparés, y compris en termes de toxicité, avec ceux des traitements plus classiques comme les glucocorticoïdes et la cyclophosphamide. Une étude a démarré pour tenter de répondre à cette question.



On peut espérer qu’une meilleure sélection des patients candidats à la greffe de cellules souches – idéalement des malades encore peu atteints mais pour lesquels nous craignons une évolution péjorative – permettra non seulement d’améliorer les résultats mais aussi de réduire la toxicité, encore probablement rédhibitoire pour l’instant.

Ce site a été financé grâce au soutien de Belgacom et de Jdweb asbl